SWAE LEE

Le plus jeune des deux frères de Rae Sremmurd, à l’instar d’André 3000 dans Outkast (et pardonnez-moi cette comparaison que je sais hautement blasphématoire), est celui du duo qui est le plus souvent loué et présente le plus gros star potential. Le data dumping que fut RA3 SREMMURD aura au moins servi à souligner qu’au final, le talent de Swae n’était pas non plus une garantie quant au fait qu’il produise des hits infaillibles. S’il a propulsé Unforgettable au rang de hit mondial, Swaecation aura eu plus de mal à convaincre. Bien sûr, Swae est doué pour créer des refrains catchy et des mélodies entêtantes. Bien sûr il peut sonner comme un petit ange qui a trop écouté LMFAO. Mais ce que les gens auront retenu de son album, c’est surtout Offshore et la performance interstellaire de Thug.

Swae a donc beaucoup à prouver avec son prochain album solo. De grosses attentes pèsent sur lui, bien plus que sur son frère. Ce n’est pas pour dire qu’il n’a que des ratés en solo: son morceau Sunflower avec le cendrier humain orné de gribouillis préféré des jeunes suprémacistes blancs américains, Post Malone, apparu dans le film The Spiderverse, fut un énorme succès. D’ailleurs, il faut parler de cette association improbable qu’est Swae Lee et Post Malone. Ces deux-là s’adorent vraiment on dirait bien. Les Laurel et Hardy millenials. Ils ont enregistré un paquet de morceaux ensemble au cours des 2 dernières années. Vraiment hâte d’entendre Swae Lee harmoniser sur un sample de Bob Dylan tandis que le postier texan chantonnera à propos de gober des Percs avec des groupies qui font leur possible pour passer outre son odeur de renard mort pour avoir un sac Birkin.

Voici donc MISSISSIPI SMOKING, de Swae Lee.

PARTYNEXTDOOR & JEREMIH

Ces deux-là sont vraiment des poissards. Et aussi des types pas très fiables. Reste à déterminer la répartition en pourcentages. Pourquoi dis-je ça? Tout simplement parce qu’ils sont connus, entre autres, pour avoir teasé leurs fans à de nombreuses reprises avec des projets qui n’ont au final jamais vu le jour. Concernant PND, on peut citer le fameux Party At 8, un supposé EP commun avec TM88, ou encore l’arlésienne Club Atlantis, ou le PND4. Pour le cas de Jeremih, on peut là penser à l’album Thumpy Johnson, et les quelques promesses de drop un album ces 10 dernières années.

Et de façon assez amusante, ils partagent également un projet annoncé mais jamais sorti, à savoir leur EP commun. En effet, il fut question, à un moment donné, qu’ils unissent leur force pour créer une bande-son aux pull-outs ratés, aux pilules du lendemain et autres relations toxiques baignées de drogue. C’est lors d’une date de concert dans le cadre du Summer’s Over Tour de PND, que leur relation s’est dégradée: Jeremih, durant son set, a cru que PND et son équipe avaient saboté le son pour foutre en l’air sa performance.

Depuis, apparemment, les deux zigotos ont fini par se réconcilier mais n’ont logiquement jamais sorti leur petit projet. Donc voici ce qu’il aurait pu être. LATE NIGHT PARTY.

JEREMIH

Lorsque l’on débat à propos des grands chanteurs de R&B des 2010, un nom, parmi d’autres, semble souvent oublié: celui de Jeremih. Le crooner de Chicago a connu une carrière assez tumultueuse, ce qui explique sans doute pourquoi son nom est moins souvent mentionné. Après l’explosion que fut la sortie de son 1er single, Birthday Sex, en 2009, et la sortie quasi-immédiate après coup de son album éponyme puis de son second album en 2010, ce fut une grande traversée du désert pour lui.

Def Jam a causé bien des soucis à Jeremih. Négocier le début de la nouvelle décennie avec cet artiste semble avoir été difficile à gérer pour le label. Jeremih a tout d’abord annoncé aussi tôt qu’en décembre 2011 qu’il travaillait sur son 3ème album, censé sortir courant 2012. Néanmoins, des événements se produisirent en coulisse qui rendirent la sortie de l’opus impossible. Car de son côté, le chanteur, après des débuts R&B somme toute assez conventionnel, a commencé à s’intéresser à la montée en puissance de la trap à Atlanta. Voyant l’explosion de ces sonorités plus froides et chargées en basses, il a commissionné un jeune Mike Will Made-It, qui faisait ses débuts avec Gucci Mane, ainsi que l’équipe FKi, pour lui produire quelques morceaux. En ont résulté Girls Go Wild, et surtout Fuck U All the Time et 773 Love, deux morceaux qui deviendront très vite des hits mineurs et qui affirmeront le changement de cap de Jeremih. Ceux-ci étaient initialement destinés à atterrir sur le 3ème album désormais annulé du chanteur. Il a donc pris l’initiative de leur donner vie sur la mixtape Late Nights With Jeremih, qui deviendra très vite un petit classique.

Puisque l’expérimentation sonore était devenue vraiment fondamentale pour lui, et voyant Fuck U All the Time (FUATT pour les intimes) prendre son essor, Jeremih s’est associé en 2014 avec le producteur électrotrap Shlohmo pour un EP commun, intitulé No More. Le remix de FUATT a donné une nouvelle vie au morceau. Il convient d’ailleurs de faire remarquer que cet EP a été sorti par Jeremih lui-même sur Twitter, ce qui fait écho au fait que Jeremih, son album éponyme avait lui été previewed (pardonnez mon anglais mais je voyais pas de mot équivalent en gaulois) sur MySpace en 2009 en guise de promotion. Tout cela pour dire que l’artiste et son équipe avaient très rapidement saisi l’intérêt des réseaux sociaux dans la stratégie de communication inhérente à la sortie d’un projet.

Cependant, vous noterez qu’en termes de chronologie, entre le moment où FUATT est sorti, donc août 2012, et la sortie de l’EP Jeremih x Shlohmo, il s’est passé 2 ans. C’était déjà long à l’époque. La bouillie que furent ces 2 années permirent pourtant à Jeremih de négocier son retour officiel avec son 3ème album, intitulé sobrement Late Nights, servant de suite à la mixtape du même nom. Durant ces 2 années, il enregistra énormément de morceaux, et pour servir de « sucez-moi avant l’album », il sortit NOMA (Not On My Album), un EP de 7 titres, histoire de rappeler à tous qu’il arrivait classique. Vint ensuite 2015 et le triomphe, la résurgence pour lui, mais non sans mal, car toute cette année fut un combat entre l’artiste et son équipe, et Def Jam, pour sortir l’album. Il exprima à plusieurs reprises sa frustration quant au manque de support de la part du label, et les galères qu’il lui a fait subir pendant le processus d’enregistrement et de promotion. Et ce malgré le fait que tous les singles furent des succès: Don’t Tell Em avec YG et Oui sont désormais double platinum, Planez et son atroce couplet de J.Cole est également platinum.

Depuis ça, ben il se passe pas non plus masse de choses, du moins de ce qu’on peut constater du côté public. Il a annoncé son prochain album Later That Night, en 2016. Même année où il s’est embrouillé avec PND. Il a bien sorti un album commun avec Ty Dolla en 2018, MihTy, sans doute le titre d’album le moins inspiré du monde. L’équivalent de la pochette superposant la moitié du visage des 2 collaborateurs, vraiment infect. Mais la musique était sympa.

Donc on croise les doigts pour que ça arrive en 2020 cette affaire mais rien n’est moins sûr. En attendant, voici AFTERPARTY WITH JEREMIH.

LIL KEED

L’arbre généalogique en haut duquel Lil Wayne se situe, et dont le descendant direct, le nouveau patriarche de la famille, est Young Thug, est désormais extrêmement vaste. Ses racines s’étendent non seulement à travers tous les Etats-Unis, mais également dans le monde. Partout on entend des rappeurs tenter de se démarquer en tentant de faire ressortir leur bizarrerie en forçant sur leurs cordes vocales et en abusant des pitchs aigus. Partout des types essaient de sonner comme des aliens drogués jusqu’aux capillaires pour ajouter une plus-value à leur musique. Même en France on ressent chez pas mal de rappeurs l’influence de Young Thug.

Ce qui distingue Lil Keed des artistes à qui je fais allusion plus haut, c’est que d’une part il a grandit sur Cleveland Ave, soit la même rue qui nous a donné Thug. C’est un stan absolu qui est parvenu à entrer dans le cercle de son idole pour apprendre directement à la source, et qui en a fait son mentor. Et de tous les jeunes qui tentent, intentionnellement ou non, d’émuler le style de Thug, et en ce faisant, espèrent développer leur propre style, Keed est un des mieux placés. Effectivement, à ses débuts, c’était une pâle copie de son père spirituel, mais depuis Long Live Mexico, son dernier projet en date, on remarque qu’il commence tranquillement à muer vers quelque chose de plus authentique. De la même manière que Thug sonnait comme une copie de Wayne à ses débuts puis a évolué. C’est comme ça que ça doit se passer. Il n’y a rien de foncièrement répréhensible à émuler ses idoles, mais il ne faut pas que cela dure éternellement. A un moment donné faut commencer à s’assumer.

Le self-proclamé studio junkie qu’est Lil Keed enregistre effectivement énormément et vit au studio. C’est littéralement devenu une culture dans la famille et à Atlanta, qui a évidemment commencé à se propager en dehors du bel Etat de la Géorgie. De fait, je ne vous fais pas de dessin, le schéma est le même que Gunna: entouré de producteurs très en vogue, proche du GOAT, sa musique est fatalement très convoitée, ce qui explique la quantité constamment leakée. Voici donc BLEVELAND’S FINEST de Lil Keed.

KANYE WEST

Honnêtement, je sais plus vraiment comment parler de ce type. Il est probablement l’artiste le plus polarisant de la décennie, tous genres confondus, là ou la décennie précédente il était plus ou moins simplement le meilleur. C’est un véritable cas d’école. En termes de psychologie, en termes de perception sociale, en termes d’évolution musicale aussi.

Dans une ère de l’information où tout finit par se savoir, où tout le monde peut s’exprimer, se rassembler, protester, et diffuser des concepts nouveaux, les lignes se brouillent. Tout le monde peut être surveillé et monitoré. Chacun des faits, gestes et paroles des figures publiques (et privées pour ce que ça vaut) sont épiés, analysés, et jugés. Les hommes politiques, par exemple, sont particulièrement sur la sellette. Et à raison. Dès que l’un d’eux commence à se faire connaître, se présente à une élection ou obtient une place importante au sein d’un quelconque organisme d’Etat, son passé est passé au crible. De la même manière pour les musiciens: lorsqu’un artiste perce, on va creuser sur son fil Twitter, son blog, son Instagram et compagnie, pour voir s’il n’avait pas de propos ou de comportements problématiques. C’est en partie lié à la fameuse cancel culture. Ce qui nous amène à la distinction entre l’être humain, et le professionnel.

La question inévitable: doit-on les séparer? Lorsqu’il s’agit d’un homme politique, à l’image de Donald Trump, la plupart des gens dotés d’un cerveau fonctionnel comprennent que l’humain comme le professionnel sont des fils de pute. Quand on parle de R. Kelly, l’opinion publique s’est accordée sur le fait que même si sa musique a bercé bon nombre de personnes, l’humain est un horrible monstre qui mérite son incarcération. Quant au cas de Roman Polanski, qui à l’heure où j’écris ces lignes est en pleine non-campagne médiatique pour son nouveau film J’Accuse, visiblement, c’est plus délicat. On se retrouve avec des Morano et des Finkielkraut qui éructent des logorrhées abominables dans les médias pour tenter de défendre l’homme. De l’autre côté, sur Twitter, les avis sont clairs: mort aux pédophiles (et aux porcs, mais on s’égare), on va pas voir son putain de film. Il m’est récemment arrivé de parler du film avec une amie, qui m’a affirmé qu’elle n’avait pas de mal à séparer Polanski le sodomisateur de jeunes enfants et Polanski le réalisateur de génie. C’est un sujet qui divise. Qui pousse les gens à vraiment explorer leur propre perception des autres, de ce qui est acceptable ou pas, et de leur capacité à compartimenter.

Plus avant. Prenons le cas d’XXXTentacion. Personnellement, j’ai dès le départ été charmé par sa musique, lorsque mes amis et moi l’avons découvert fin 2014. Mais déjà, à l’époque, son caractère abrasif et impulsif nous faisait nous intriguer. Lorsque l’affaire de violence domestique a éclaté et que ses troubles judiciaires se sont intensifiés, nous en avons longuement débattu. Nous en sommes arrivés à un curieux status quo: on allait continuer à écouter ses oeuvres précédentes comme ses oeuvres futures, mais on s’accordait tous sur le fait que c’était un enculé de première qui tabassait les femmes. Maiiiiiiis d’un autre côté on savait aussi que toute l’histoire n’était pas claire et qu’il y avait peut-être aussi des éléments du côté de la victime qui étaient faux ou exagérés. Donc on était vraiment dans les choux. Durant l’année avant son assassinat, on a tous vu que le petit était sur son chemin de croix, qu’il essayait de se repentir pour ses actes passés, qu’il faisait des actes de charité en veux-tu en voilà, qu’il tentait d’adoucir les moeurs de ses fans les plus déprimés. Est-ce suffisant?

Le but ici n’est pas de tenter de répondre à ce genre de question. Le but est plutôt d’explorer notre seuil de tolérance. À quel moment se dit-on: non, là vraiment, ce gars-là, j’adore ce qu’il fait, mais là c’est stop. Evidemment, nos différents seuils de tolérances sont définis par des choses comme nos socialisations primaires et secondaires, nos valeurs et principes, etc. Donc tout le monde ne va pas pouvoir encaisser les mêmes choses de la même manière. Eh bien pour le cas de Kanye West, la situation est un melting pot des différents exemples que j’ai énoncé plus haut. Il est l’un des artistes rap comptant le plus de classiques à sa ceinture. Il est l’artiste noir qui a ouvertement défendu et supporté Donald Trump en portant une casquette MAGA. Il est l’artiste qui a redéfini les codes du rap à plusieurs reprises. Il est l’artiste qui a une fois rappé qu’il voudrait bien baiser ses belles-soeurs. Il est l’artiste rap qui a défoncé les portes du monde de la mode et a réussi à s’y faire une place, chez Louis Vuitton, Nike ou Adidas. Il est la personne publique noire qui a une fois dit que ces 400 années de calvaire que furent l’esclavage étaient un choix. Il est l’un des plus grands producteurs de tous les temps, qui a donné un souffle nouveau à Roc-a-Fella, et a (re)lancé la carrière d’une multitude d’artistes désormais très grands. Il est un des artistes qui a défendu Bill Cosby lorsque celui-ci était accusé de multiples viols.

Après le game-changer que fut YEEZUS, la carrière de Kanye West a très clairement décliné. Il est peu à peu devenu un zélote chrétien, parallèlement bien sûr à son endorsement de Donald Trump, et est devenu fasciné par le gospel. Il a eu de gros troubles mentaux qui ont donné vie au pire album de sa carrière, YE. Et maintenant, il a amorcé le plus gros rebranding de sa carrière, avec ses Sunday Services, et affiche désormais sa foi inébranlable en Dieu, tout en imposant des règles absolument délirantes à sa femme et ses enfants. Le point culminant? Jesus Is King, son dernier album en date. Qui arrive après plusieurs annonces d’albums (Yandhi, Turbo Grafx16, etc…) dont certaines sessions ont fuité sur le web tout au long de l’année 2019.

THE MAGA YE COLLECTION vise donc à reprendre toutes ces fuites dans une compilation évolutive. J’ai également pris la liberté d’ajouter en plus l’intégralité des versions originales et démos de l’artiste ayant fait surface depuis 2009, dans une compilation séparée, sobrement et perspicacement intitulée Unreleased Demos. Enfin, tant qu’à faire, vous trouverez également un 3ème dossier qui lui, reprend tous les morceaux sortis durant les légendaires GOOD Fridays ayant mené à la sortie de My Beautiful Dark Twisted Fantasy pour votre bon plaisir.

FUTURE

Future est d’ores et déjà une légende. D’ailleurs, il l’est depuis la sortie de Monster. Il aurait pu s’arrêter là que ça aurait été suffisant. Mais non, ce brave Nayvadius est tellement bon qu’il a au contraire passé la vitesse supérieure, alors que personne ne pensait qu’il existait des leviers avec une telle capacité. Le reste c’est l’Histoire. Prenons un instant pour apprécier son formidable run entre 2014 et 2016. Cependant, j’aimerais également rétablir la vérité, ou du moins rappeler à ces jeunes ignorants qu’avant Monster, Future était déjà très grand.

Dès la sortie de 1000, en 2010, on pouvait voir les prémices d’une grande carrière et d’un artiste ayant le potentiel de s’inscrire parmi les plus grands. Future, c’est aussi True Story, Streetz Calling, Astronaut Status, Free Bricks avec Gucci ce Mane, et évidemment, Pluto, son premier album studio. Ce dernier l’a séparé de ses camarades trap par sa capacité à jongler très habilement entre piège musique énervée et nihiliste à souhait, et R&B fragile et sensible. Dès lors, le monde a su que l’homme auparavant connu sous le nom de Tête de Viande (Meathead, surnommé ainsi par les grands messieurs de la Dungeon Family) ne comptait pas se laisser placer dans un seul et unique registre. Il comptait bien utiliser sa voix unique et ses ambitions démesurées pour prouver la polyvalence de la nouvelle génération d’Atlanta.

Puisque Future est vite devenu une figure culte, chacune de ses sorties est très attendue. Et les fans en veulent toujours plus, puisqu’il a pour habitude de sortir plusieurs projets chaque année. Tout comme son mentor Gucci Mane, et son désormais frérot Young Thug, c’est une machine qui enregistre morceau sur morceau. Je vous épargne donc le couplet sur pourquoi tant de musique de lui fuite sur le web.

Cette compilation contient 3 dossiers: un premier reprenant tous les loosies et leaks entre 2012 et 2017, un second pour l’année 2018, et enfin un pour l’année 2019. Craquez donc un sceau.

LIL WAYNE

Weezy F. Baby, et le F c’est pour Fénoménal. Falafel. Formidable. Evidemment, si on parle de liens de parenté, Wayne a encore plus d’enfants indirects que des rappeurs plus contemporains comme Thug ou Keef. Son influence est bien plus profonde, étant donné qu’il rappe depuis maintenant 22 ans, depuis ses débuts avec les Garçons Chauds de la Nouvelle-Orléans. Le nombre de rappeurs qui le citent comme leur idole ou une de leurs principales influences est littéralement incalculable.

Il a lancé bon nombre de tendances, qu’il sera ici inutile de repréciser. Je voudrais simplement appuyer sur une en particulière: sa productivité effrénée, notamment entre 2005 et 2009, et son prodigieux run, entre albums loués par la critique et commercialement monstrueux, et ses nombreuses mixtapes où il dévorait les prods d’autres rappeurs, se les appropriant totalement. Au même moment, un autre studio junkie, Gucci Mane, exerçait le même genre de pression en rafalant mixtape sur mixtape. A eux deux, ils ont redéfini la manière de sortir de la musique pour les rappeurs. Ils ont totalement fait fi du rythme habituel, selon lequel un artiste devait prendre généralement 1 ou 2 ans pour produire et sortir un projet. Ils vivaient en studio, enregistraient toute la sainte journée, et dès que la musique était prête, elle était libérée. Des précurseurs. Ils ont donc inspiré ceux qui ont suivi, notamment les petits jeunes, à eux aussi repenser la façon dont ils enregistraient.

Lorsqu’un artiste est si prolifique, forcément, les morceaux s’entassent sur les disques durs. Et si l’artiste en question est quelqu’un avec une grosse hype, forcément, une certaine convoitise envers ces morceaux se matérialise. Si c’est l’épisode des Bleaks de Thug qui a réellement lancé le phénomène des leaks récurrents, c’est celui du leak prématuré des sessions de Tha Carter III qui le premier lui a donné vie. Bien sûr, on se souvient aussi du leak d’I Am de Nas en 1998, mais c’était juste avant l’époque internet. Car aujourd’hui, les leaks surviennent sur internet. Entre larcin de fichiers mp3 et trading, jusqu’à l’upload sur un hébergeur, sans internet, ces fuites seraient beaucoup moins communes et se répandraient surtout beaucoup moins facilement.

Puisqu’une fois n’est pas coutume, depuis le leak des sessions de Carter III, Wayne a également vu les sessions de Velvet, un album qui a maintenant été mis de côté, fuiter dans les internet rues. Ce Velvet avait initialement été annoncé par Mack Maine en 2017, qui avait indiqué qu’il devait voir le jour après Tha Carter V. Fast forward to 2018 et ces sessions fuitent sur internet. Enfin, à propos de Carter V, cette jadis arlésienne du rap qui a finalement vu le jour en septembre 2018. L’album, annoncé pour la première fois en 2013, a mis 5 ans à être sorti, pour des raisons légales provenant des tensions entre Birdman et Wayne. De fait, en 5 ans, plusieurs versions de l’album et des dizaines de morceaux ont été produits. Eh bien, pendant l’été 2019, les sessions originales de Carter V ont elles aussi fuité sur internet.

La compilation ci-dessous reprend donc d’une part les sessions de Carter III, ainsi que celles de Velvet, et enfin celles de Carter V. J’ai également ajouté la douzaine de « Lost Grails » qui a été décoffrée tout début janvier 2020, qui consiste principalement en des chutes de studio des sessions IANAHB 2, donc cira 2013. Pour votre bon plaisir.

PLAYBOI CARTI

Encore un prodige d’Atlanta qu’on ne présente désormais plus. Si j’étais un de ces ramasse-merde réactionnaire qui réfère à certains courants du rap actuel via l’adjectif « mumble » en faisant les gros yeux, Garçon Joueur Carter serait pour moi Lucifer incarné. Je dois toutefois faire mon mea culpa: j’ai eu énormément de mal à apprécier sa musique. Ou tout du moins, j’étais à la base plutôt client de ce qu’il faisait lorsqu’il était chez Awful Records, l’un des labels indie les plus influents des dernières années, et tenu par ce vrai Father. C’est-à-dire autour de 2015. Mais lorsqu’il a commencé son virage artistique et commencé à jouer sur la répétition, les phases ultra-simplistes et le pitch en mode baby voice, je l’ai renié en bloc. Ce n’est qu’en 2018 avec la sortie de Die Lit que j’ai renoué avec sa musique, et que j’ai enfin percuté le génie du garçon. Maintenant lui et moi sommes totalement réconciliés. Voilà pour la petite histoire dont tout le monde se cogne. Mais il fallait que je m’exorcise, je me sens mieux là, ah oui.

Tout cela pour dire que Carti a eu en quelques sortes 2 carrières, la période Awful, et la période AWGE/Interscope. C’est désormais une figure très polarisante, comme je le disais au début. La comparaison avec un artiste incompris tel que Thug est assez évidente à faire, mais rétablissons la vérité: Carti n’arrivera jamais au niveau de la chèvre. Et cela n’enlève rien à son talent pour autant. Il en reste que c’est un innovateur et qu’il a le mérite d’amener quelque chose de nouveau. Lorsqu’il s’associe à Mexikodro, StupidXool ou Pi’erre Bourne, c’est de la pure magie qui se forme en ondes sonores. Et quand il se retrouve avec son compère Petit Uzi, ils forment une tag team extrêmement efficace.

Il y a de gros débats entre les différents camps des stans de Carti sur ses choix de carrière. Certains voient comme une trahison le fait qu’il se soit tiré d’Awful sans jamais se retourner et qu’il agisse comme s’il ne les avait jamais connus. D’autres, qui en plus d’être des stans de Carti, sont des A$AP b0yz jusqu’au bout des shorts Pyrex, n’en tarissent pas d’éloges sur son association avec le collectif de Harlem. Personnellement j’en ai rien à branler et je vous laisse vous faire votre avis sur la question.

Sir Cartier (son premier pseudonyme, qu’il a gardé jusqu’en 2012) a tout comme le Jeune Voyou une fâcheuse tendance, en plus de sa grande productivité, à fiévreusement publier des snippets de ses morceaux sur la toile. Soit cela, soit ce sont ses collaborateurs qui le font pour lui ou dans son dos. De là, toujours le même schéma… La convoitise des fans grandit, certains en arrivent à être prêts à débourser des milliers de dollars pour acquérir tel ou tel morceau, etc. On pense évidemment au snippet de Kid Cudi/Pissy Pampers, qui a rapidement revêtu l’habit de saint Graal, et qui une fois fuité en version complète, a été uploadé sur Spotify par un utilisateur inconnu. Le morceau a atteint la 1ère place du Spotify Viral 50 Chart en mai 2019. C’est dire l’engouement que cela provoque. Pareillement, le snippet de Cancùn a été repris dans bon nombre de memes vidéos sur Twitter par exemple. C’est un véritable business dont on parle ici, qui brasse des milliers de dollars mensuellement. Puisqu’il ne passe évidemment pas un mois sans qu’un, deux, ou trois morceaux de Carti finissent dehors.

J’ai nommé les deux premières compilations respectivement RIP YAMS et RIP Fredo. Carti était très proche de ces deux personnes géniales parties trop tôt. On se rappelle tous du concert où Carti a joué Long Time et a fondu en larmes, peu après le décès de Fredo. C’est d’ailleurs de là que provient la cover de la compilation. Donc je le répète encore une fois: que Fredo et Yamborghini reposent en paix. La troisième et dernière du lot, quant à elle, s’intitule WHOLE LOTTA WAIT, un prélude à l’album en quelque sorte.

OFFSET

Le tiers des Migos devenu sneakerhead et gamer parvenu, avec des parts dans le FaZe Clan. L’homme dont l’organe génital ne se repose jamais au vu du monstre qu’il a non pas sous mais dans son lit. J’ai nommé Mr. Impression en 2 Temps.

Comme chaque membre des Amigos, Offset détient une position peu stable au sein du groupe. Selon les années, chacun d’entre eux a été à un moment donné énormément encensé puis boudé, ou inversement. Pour Offset, son moment de gloire, mis à part la période de 8 mois où il fut incarcéré en 2015, fut l’année 2017. Le type a soudainement switché en mode berserker après avoir vu sa prestation sur Bad & Boujee lourdement louée par les fans. Il a enchaîné les guest verses dantesques et a atomisé 21 sur Without Warning. Il a exercé sa pression toute l’année durant et ce fut un pur plaisir.

Depuis, il s’est un peu calmé, mais ce run aussi court qu’intense m’a fait l’apprécier bien plus que ses 2 autres compadres, et c’est en partie pourquoi j’ai décidé de lui dédier une petite compilation de derrière les fagots. RAINDROPS & DROPTOPS, pour vous.

JAY CRITCH

Le préféré du quartier. Le seul et l’unique Jay Critch. Il a 21 ans et émerge de Brooklyn, Clinton Hills pour être exact. Ses rappeurs favoris sont Wayne, Fabolous et Max B. Il est signé sur Rich Forever, le label de Richard l’Enfant (Rich the Kid pour les intimes, le nain de 43 ans qui avale 12 Percocets par jour et qu’on peut pister à la traînée de bave qu’il laisse derrière lui) et donc sur Interscope, depuis maintenant plus d’1 an et demi.

La particularité de Critch réside dans le fait que bien qu’il est originaire de Brooklyn, ce qui donne forcément une sonorité spécifique à sa musique, il n’hésite justement pas à actualiser cette sonorité de base avec les tendances actuelles. Faites infuser du boom bap et de la trap dans un erlenmeyer, et Critch en émerge, un mélange parfaitement homogène et poli. C’est donc un rappeur tout terrain. Son début album tant attendu, Hood Favorite, n’a pas fait autant de vagues que prévu, mais il a au moins eu le mérite d’asseoir un peu plus la solidité du garçon en tant qu’artiste.

Ses apparitions sur les compilations du label Rich Forever sont toujours rafraîchissantes puisqu’il enterre systématiquement Dexter et Richard. On a bien sûr vu des showcases plus valorisants, puisqu’il n’est pas bien difficile de se distinguer de ce genre d’olibrius, mais je digresse. Il en reste que si vous êtes plus versé trap dans vos goûts, mais que vous voulez écouter autre chose sans pour autant vous coltiner du Westside Gunn ou du Roc Marciano (pas d’ombre sur eux, je les adore), eh bien Jay Critch est là pour vous.

CLINTON HILLS PRODIGY, ci-dessous.