PLAYBOI CARTI

Encore un prodige d’Atlanta qu’on ne présente désormais plus. Si j’étais un de ces ramasse-merde réactionnaire qui réfère à certains courants du rap actuel via l’adjectif « mumble » en faisant les gros yeux, Garçon Joueur Carter serait pour moi Lucifer incarné. Je dois toutefois faire mon mea culpa: j’ai eu énormément de mal à apprécier sa musique. Ou tout du moins, j’étais à la base plutôt client de ce qu’il faisait lorsqu’il était chez Awful Records, l’un des labels indie les plus influents des dernières années, et tenu par ce vrai Father. C’est-à-dire autour de 2015. Mais lorsqu’il a commencé son virage artistique et commencé à jouer sur la répétition, les phases ultra-simplistes et le pitch en mode baby voice, je l’ai renié en bloc. Ce n’est qu’en 2018 avec la sortie de Die Lit que j’ai renoué avec sa musique, et que j’ai enfin percuté le génie du garçon. Maintenant lui et moi sommes totalement réconciliés. Voilà pour la petite histoire dont tout le monde se cogne. Mais il fallait que je m’exorcise, je me sens mieux là, ah oui.

Tout cela pour dire que Carti a eu en quelques sortes 2 carrières, la période Awful, et la période AWGE/Interscope. C’est désormais une figure très polarisante, comme je le disais au début. La comparaison avec un artiste incompris tel que Thug est assez évidente à faire, mais rétablissons la vérité: Carti n’arrivera jamais au niveau de la chèvre. Et cela n’enlève rien à son talent pour autant. Il en reste que c’est un innovateur et qu’il a le mérite d’amener quelque chose de nouveau. Lorsqu’il s’associe à Mexikodro, StupidXool ou Pi’erre Bourne, c’est de la pure magie qui se forme en ondes sonores. Et quand il se retrouve avec son compère Petit Uzi, ils forment une tag team extrêmement efficace.

Il y a de gros débats entre les différents camps des stans de Carti sur ses choix de carrière. Certains voient comme une trahison le fait qu’il se soit tiré d’Awful sans jamais se retourner et qu’il agisse comme s’il ne les avait jamais connus. D’autres, qui en plus d’être des stans de Carti, sont des A$AP b0yz jusqu’au bout des shorts Pyrex, n’en tarissent pas d’éloges sur son association avec le collectif de Harlem. Personnellement j’en ai rien à branler et je vous laisse vous faire votre avis sur la question.

Sir Cartier (son premier pseudonyme, qu’il a gardé jusqu’en 2012) a tout comme le Jeune Voyou une fâcheuse tendance, en plus de sa grande productivité, à fiévreusement publier des snippets de ses morceaux sur la toile. Soit cela, soit ce sont ses collaborateurs qui le font pour lui ou dans son dos. De là, toujours le même schéma… La convoitise des fans grandit, certains en arrivent à être prêts à débourser des milliers de dollars pour acquérir tel ou tel morceau, etc. On pense évidemment au snippet de Kid Cudi/Pissy Pampers, qui a rapidement revêtu l’habit de saint Graal, et qui une fois fuité en version complète, a été uploadé sur Spotify par un utilisateur inconnu. Le morceau a atteint la 1ère place du Spotify Viral 50 Chart en mai 2019. C’est dire l’engouement que cela provoque. Pareillement, le snippet de Cancùn a été repris dans bon nombre de memes vidéos sur Twitter par exemple. C’est un véritable business dont on parle ici, qui brasse des milliers de dollars mensuellement. Puisqu’il ne passe évidemment pas un mois sans qu’un, deux, ou trois morceaux de Carti finissent dehors.

J’ai nommé les deux premières compilations respectivement RIP YAMS et RIP Fredo. Carti était très proche de ces deux personnes géniales parties trop tôt. On se rappelle tous du concert où Carti a joué Long Time et a fondu en larmes, peu après le décès de Fredo. C’est d’ailleurs de là que provient la cover de la compilation. Donc je le répète encore une fois: que Fredo et Yamborghini reposent en paix. La troisième et dernière du lot, quant à elle, s’intitule WHOLE LOTTA WAIT, un prélude à l’album en quelque sorte.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *