NAV

Que dire sur Nav? En toute honnêteté je préfère m’abstenir de fournir un commentaire extensif sur sa musique dans la mesure où personnellement je n’y adhère pas vraiment. Mais par contre je sais que des connaissances sur Twitter apprécient et que ça peut les intéresser, et aussi parce qu’il y avait matière à faire!

Cela dit, ce sur quoi j’ai envie de dire un mot, c’est sur son « récent » commentaire, dans une itw, selon lequel grosso modo il voudrait vraiment que les paparazzis le remarquent maintenant qu’il a percé et qu’il a eu son petit n°1 au Billboard. A mon sens c’est d’une gravité épouvantable et d’un pathétique de la même échelle d’en venir à sortir ça. Mais je fais pas remarquer ça pour tailler notre Brown Boy spécialement, je pense plutôt que ça reflète vraiment le poids émotionnel relatifs aux attentes qui peut accabler un gros paquet d’artistes. Par exemple ceux qui ont des potes dans l’industrie et qui bénéficient d’office d’un coup de pouce et se retrouvent très vite sous les projecteurs par piston. Ou ceux qui par un gros coup de bol scorent un gros hit, se font signer en major et se font pressuriser et se pressurisent eux-mêmes pour faire du chiffre, percer, buzzer, etc (dernier exemple en date avec Lil Nas X). C’est devenu, je suppose, obsessionnel. Qui plus est, maintenant, les fans ont la possibilité d’atteindre directement l’artiste, via les réseaux sociaux, pour lui faire savoir si ce qu’il fait est bien ou pas. Ils peuvent lui pourrir la gueule sans vergogne, tout comme ils peuvent faire ses louanges bien sûr. 

Et du coup pour en revenir aux propos de Nav, je pense qu’ils sont vraiment symptomatiques du zeitgeist. J’ai pris un petit raccourci mais vous voyez où je veux en venir. Un mec qui en vient à dire ce qu’il a dit, tu sais qu’il est pas bien dans sa tête et tu sais que tout ce jeu le tracasse, voire lui bousille la vie. Parce qu’il essaie à tout prix de faire ce qu’on attend de lui et qu’il se voit trop par le prisme des autres et des charts. Enfin j’imagine. Mais ouais du coup, pensez un peu à la santé mentale de ces artistes avant de leur péter les burnes sur les réseaux sociaux. Et si vous voulez vraiment les critiquer, faites-le de manière constructive autant que faire se peut. Car au final, beaucoup d’entre eux, à défaut de répondre, voient ce que les gens disent d’eux sur les réseaux et ça doit pas être facile au quotidien. Faut aussi considérer que si on en veut toujours plus, parfois on finit par en avoir trop et on regrette.

En tout cas, j’espère que tu vas bien mon petit Nav, et que tu commences à avoir l’esprit tranquille. Félicitations pour ton n°1 avec Bad Habits en 2019. Un jour si dieu le veut tu seras l’une des merveilles du monde. En attendant ce jour, voici NAVRAJMAHAL. 

TRIPPIE REDD

Il en fallait forcément une pour la Triperie Rougeoyante. Le vilain gremlin émo de ce rap jeu. L’ancien buddy de la balance arc-en-ciel. Le hurleur viscéral. La discographie de Trippie Redd est en dents de scie mais il est capable de coups d’éclats vraiment exceptionnels. Seulement le problème c’est que son style est épuisant à écouter. Ses envolées vocales il faut les supporter.

Sur A Love Letter to You 4, s’enquiller les 21 tracks d’un coup relève du prodige. J’espère vraiment que cette tendance au data dumping qui tient au corps l’industrie de la musique finira par s’essouffler à un moment donné. Je veux bien entendre que parfois, lorsque c’est justifié, un album peut dépasser admettons les 20 morceaux. Mais si ça ne l’est pas et qu’on force 3, 4, 5 fillers ou plus seulement pour faire du chiffre en termes de streaming… C’est au final se tirer une balle dans le pied car ça ne fera que gonfler les chiffres de la première semaine: ensuite les auditeurs auront soit la flemme de revenir à l’album soit auront fait leur écrémage eux-mêmes, et il sera plus sévère que celui que l’artiste et son A&R auraient pu (dû) faire en structurant la tracklist et en arrangeant le sequencing. Respectez un peu nos déficits d’attention en puissance!!!

BIG 14 KNOWHUTTHEFUCKGOINON

CITY MORGUE & ZILLAKAMI

Pour celles et ceux qui ne seraient pas familiers avec ces joyeux lurons que sont le trio (et non pas duo) City Morgue, composé donc de Zillakami (Bay Shore, NY) et SosMula (Harlem) aux cris, et Thraxx (Californie) à la production. On peut sans trop prendre de risque qualifier leur son de trap metal, ou punk trap ou n’importe quel autre nom valise qui vous plaît le plus on s’en fout, donc un style de zapping à forte intensité, souvent crié, souvent glauque, sur des prods, vous le devinerez, souvent très énervées et sinistres. Ils ont généré un modeste buzz sur la toile avec leur clip pour 33rd Blakk Glass, dans lequel on peut y voir des individus assez curieux s’enfiler des bonnes poutrasses de coke et carrément se shooter, tandis que les 2 compères agitent gaiement des AK et même un lance-grenade. Forcément que ça a fait le buzz, ça donne envie de faire la fête avec eux tout ça. On comprend clairement que c’est ça leur créneau: la drogue, la violence extrême les flingues, quelques putes, des dirtbikes et des maisons-pièges.

Cette équipe s’est formée en 2017, et auparavant, Zillakami était le meilleur frérot de nul autre que 6ixn9ine. On fait tous des erreurs, l’important c’est de les reconnaître et d’en apprendre. Au moins Zilla ne s’est pas acoquiné avec lui lorsqu’il était empêtré avec les 9 Trey et qu’il a commencé à baver. Et il doit en être sacrément soulagé. Parce que sinon Tekashi n’aurait eu aucun scrupule à chanter contre lui et il aurait fini à l’ombre. God bless. Toujours est-il que Zilla a ghostwrote un paquet des premiers sons de Tekashi. Il lui a aussi prêté du blé et envoyé un paquet de prods, qu’il n’a jamais rendu ni payé, et c’est ça qui fut le point de non-retour et qui provoqua le grand schisme de New-York entre les 2 ex BFFs. Mais Zillakami, loin de s’avouer enflé, s’est vengé en criant sur tous les toits que Snitch9 avait fait des trucs pas nets avec une mineure, la fameuse affaire oui, lors d’une soirée, et qu’il avait des emmerdes judiciaires pour ça. C’est de bonne guerre. Bien fait. Baltringue.

Après ça, Zilla a fait un petit séjour à l’ombre pour une affaire de dope, et en sortant il a rencontré SosMula, avec qui il a de suite sympathisé. Faut dire qu’en voyant leurs clips, on est pas étonnés du tout. Et donc entre 2017 et 2018 ils ont beaucoup bossé, et ont sorti leur 1er EP en août 2018, suivi du 1er album en octobre 2018. Et c’était parti pour la ride infernale. En effet, le créneau sur lequel ils se positionnent leur a rapidement permis de se créer une bonne et loyale fanbase, de leur imagerie et leur esthétique à leur contenu textuel. Il y avait là un fossé à combler dans le paysage rap et ils y ont sauté à pieds joints car visiblement ils adorent tout ce qui relève du funeste et des profondeurs.

Leur second album est sorti en décembre 2019, et s’il y avait déjà eu quelques leaks de leurs travaux au cours des 2 dernières années, il semblerait que l’imminence de sa sortie, puis sa sortie effective, ait provoqué une avalanche. Voici donc les résultats de cette avalanche, sobrement intitulé CITY MORGUE VOL. 1,5: PURGATORY IS LIT. Vous trouverez aussi une compilation solo de Zillakami, nommée elle STRAPS & YOKAIS. Celle de SosMula est dans le pipeline.

LIL GOTIT

« Percocet, you want one? Nah I dont do Percs ». Et Gotit qui derrière semble authentiquement déçu de sa réponse, et ce même s’il se cache derrière une monture à plusieurs milliers de dollars. Rien que pour cette vidéo avec DJ Vlad où Gotit est tellement loin qu’il en vient à gober en direct et en plus à en proposer à l’autre sale rat d’indic qu’est Vlad, il est déjà une légende. D’où la titre de la compilation, THE PERCOLATOR. « I’m itchin right na ».

TORY LANEZ

Le nain caméléon de Toronto, que dis-je, l’homme à la hairline régressant plus rapidement que la forêt amazonienne! Pas grand-chose à dire de lui car c’est pas forcément un artiste qui fasse produire des effusions verbales ou des débats enragés généralement. Tory Lanez c’est tu écoutes ou tu écoutes pas mais y a pas vraiment une démarche spécifique derrière. C’est un cas assez amusant en y pensant. Qu’est-ce que tu penses de Tory Lanez? Boh ouais j’aime bien. Ou nan pas trop fan. Ça s’arrête là. Ni plus ni moins. J’imagine qu’il en faut des comme ça aussi.

J’ai pris la liberté, en premier lieu, de regrouper tous les Fargo Fridays, car il a balancé pas mal de musique à ces occasions dont de jolies frappes. Et puis ensuite il y a l’habituelle compilation de ses leaks. Chaque écoute de ces 2 compilations permettra à un jeune homme dans le monde de financer son opération de greffe de cheveux donc même si vous n’aimez pas ce qu’il fait, faites un geste, soyez bavons.

FIVIO FOREIGN

Certes, Pop Smoke est devenu le porte-étendard de la drill de NY, mais Fivio Foreign en est un éminent représentant également. Mis à part ses nombreux clips disponibles sur Youtube, le type n’a à son actif que quelques singles, et un EP sorti en 2019, Pain & Love, qui a produit le très bon petit hit Big Drip.

Cette compilation reprend principalement des morceaux de lui datant d’1 ou 2 ans, donc il est logique que certains ne portent pas encore l’ADN drill. Mais j’ai trouvé ça intéressant de les rassembler pour rendre compte de la progression artistique de Fivio. LAFAYETTE DRILLER, nommé d’après la rue de Brooklyn d’où il vient.

LUCKI

L’artiste auparavant connu sous le nom de Lucki Eck$! Un pionnier de la cloud trap. Un jeune OG de Chicago. Il s’est fait connaître au moment où la drill était en plein essor, mais à l’instar de l’équipe SAVEMONEY par exemple, il s’est lui distingué dans son propre délire plutôt que ce qui se passait du côté de Lamron. La fameuse Alternative Trap!

Sa carrière connaît un vrai renouveau depuis 2 ans, après une petite sécheresse momentanée. Il est sur une sacrée lancée après sa grosse année 2019. Je suis vraiment content pour lui. Je vais pas m’épancher 1000 ans, voici de quoi bien vous sustenter. 143 morceaux récoltés dans les tréfonds des internets. Des leaks, des sons datant de son époque Eck$, des loosies Soundcloud et des trucs globalement plus vraiment trouvables facilement. ALTERNATIVE GLORY de Lucki.