Archives de catégorie : Compilations

CITY MORGUE & ZILLAKAMI

Pour celles et ceux qui ne seraient pas familiers avec ces joyeux lurons que sont le trio (et non pas duo) City Morgue, composé donc de Zillakami (Bay Shore, NY) et SosMula (Harlem) aux cris, et Thraxx (Californie) à la production. On peut sans trop prendre de risque qualifier leur son de trap metal, ou punk trap ou n’importe quel autre nom valise qui vous plaît le plus on s’en fout, donc un style de zapping à forte intensité, souvent crié, souvent glauque, sur des prods, vous le devinerez, souvent très énervées et sinistres. Ils ont généré un modeste buzz sur la toile avec leur clip pour 33rd Blakk Glass, dans lequel on peut y voir des individus assez curieux s’enfiler des bonnes poutrasses de coke et carrément se shooter, tandis que les 2 compères agitent gaiement des AK et même un lance-grenade. Forcément que ça a fait le buzz, ça donne envie de faire la fête avec eux tout ça. On comprend clairement que c’est ça leur créneau: la drogue, la violence extrême les flingues, quelques putes, des dirtbikes et des maisons-pièges.

Cette équipe s’est formée en 2017, et auparavant, Zillakami était le meilleur frérot de nul autre que 6ixn9ine. On fait tous des erreurs, l’important c’est de les reconnaître et d’en apprendre. Au moins Zilla ne s’est pas acoquiné avec lui lorsqu’il était empêtré avec les 9 Trey et qu’il a commencé à baver. Et il doit en être sacrément soulagé. Parce que sinon Tekashi n’aurait eu aucun scrupule à chanter contre lui et il aurait fini à l’ombre. God bless. Toujours est-il que Zilla a ghostwrote un paquet des premiers sons de Tekashi. Il lui a aussi prêté du blé et envoyé un paquet de prods, qu’il n’a jamais rendu ni payé, et c’est ça qui fut le point de non-retour et qui provoqua le grand schisme de New-York entre les 2 ex BFFs. Mais Zillakami, loin de s’avouer enflé, s’est vengé en criant sur tous les toits que Snitch9 avait fait des trucs pas nets avec une mineure, la fameuse affaire oui, lors d’une soirée, et qu’il avait des emmerdes judiciaires pour ça. C’est de bonne guerre. Bien fait. Baltringue.

Après ça, Zilla a fait un petit séjour à l’ombre pour une affaire de dope, et en sortant il a rencontré SosMula, avec qui il a de suite sympathisé. Faut dire qu’en voyant leurs clips, on est pas étonnés du tout. Et donc entre 2017 et 2018 ils ont beaucoup bossé, et ont sorti leur 1er EP en août 2018, suivi du 1er album en octobre 2018. Et c’était parti pour la ride infernale. En effet, le créneau sur lequel ils se positionnent leur a rapidement permis de se créer une bonne et loyale fanbase, de leur imagerie et leur esthétique à leur contenu textuel. Il y avait là un fossé à combler dans le paysage rap et ils y ont sauté à pieds joints car visiblement ils adorent tout ce qui relève du funeste et des profondeurs.

Leur second album est sorti en décembre 2019, et s’il y avait déjà eu quelques leaks de leurs travaux au cours des 2 dernières années, il semblerait que l’imminence de sa sortie, puis sa sortie effective, ait provoqué une avalanche. Voici donc les résultats de cette avalanche, sobrement intitulé CITY MORGUE VOL. 1,5: PURGATORY IS LIT. Vous trouverez aussi une compilation solo de Zillakami, nommée elle STRAPS & YOKAIS. Celle de SosMula est dans le pipeline.

LIL GOTIT

« Percocet, you want one? Nah I dont do Percs ». Et Gotit qui derrière semble authentiquement déçu de sa réponse, et ce même s’il se cache derrière une monture à plusieurs milliers de dollars. Rien que pour cette vidéo avec DJ Vlad où Gotit est tellement loin qu’il en vient à gober en direct et en plus à en proposer à l’autre sale rat d’indic qu’est Vlad, il est déjà une légende. D’où la titre de la compilation, THE PERCOLATOR. « I’m itchin right na ».

TORY LANEZ

Le nain caméléon de Toronto, que dis-je, l’homme à la hairline régressant plus rapidement que la forêt amazonienne! Pas grand-chose à dire de lui car c’est pas forcément un artiste qui fasse produire des effusions verbales ou des débats enragés généralement. Tory Lanez c’est tu écoutes ou tu écoutes pas mais y a pas vraiment une démarche spécifique derrière. C’est un cas assez amusant en y pensant. Qu’est-ce que tu penses de Tory Lanez? Boh ouais j’aime bien. Ou nan pas trop fan. Ça s’arrête là. Ni plus ni moins. J’imagine qu’il en faut des comme ça aussi.

J’ai pris la liberté, en premier lieu, de regrouper tous les Fargo Fridays, car il a balancé pas mal de musique à ces occasions dont de jolies frappes. Et puis ensuite il y a l’habituelle compilation de ses leaks. Chaque écoute de ces 2 compilations permettra à un jeune homme dans le monde de financer son opération de greffe de cheveux donc même si vous n’aimez pas ce qu’il fait, faites un geste, soyez bavons.

FIVIO FOREIGN

Certes, Pop Smoke est devenu le porte-étendard de la drill de NY, mais Fivio Foreign en est un éminent représentant également. Mis à part ses nombreux clips disponibles sur Youtube, le type n’a à son actif que quelques singles, et un EP sorti en 2019, Pain & Love, qui a produit le très bon petit hit Big Drip.

Cette compilation reprend principalement des morceaux de lui datant d’1 ou 2 ans, donc il est logique que certains ne portent pas encore l’ADN drill. Mais j’ai trouvé ça intéressant de les rassembler pour rendre compte de la progression artistique de Fivio. LAFAYETTE DRILLER, nommé d’après la rue de Brooklyn d’où il vient.

LUCKI

L’artiste auparavant connu sous le nom de Lucki Eck$! Un pionnier de la cloud trap. Un jeune OG de Chicago. Il s’est fait connaître au moment où la drill était en plein essor, mais à l’instar de l’équipe SAVEMONEY par exemple, il s’est lui distingué dans son propre délire plutôt que ce qui se passait du côté de Lamron. La fameuse Alternative Trap!

Sa carrière connaît un vrai renouveau depuis 2 ans, après une petite sécheresse momentanée. Il est sur une sacrée lancée après sa grosse année 2019. Je suis vraiment content pour lui. Je vais pas m’épancher 1000 ans, voici de quoi bien vous sustenter. 143 morceaux récoltés dans les tréfonds des internets. Des leaks, des sons datant de son époque Eck$, des loosies Soundcloud et des trucs globalement plus vraiment trouvables facilement. ALTERNATIVE GLORY de Lucki.

SWAE LEE

Le plus jeune des deux frères de Rae Sremmurd, à l’instar d’André 3000 dans Outkast (et pardonnez-moi cette comparaison que je sais hautement blasphématoire), est celui du duo qui est le plus souvent loué et présente le plus gros star potential. Le data dumping que fut RA3 SREMMURD aura au moins servi à souligner qu’au final, le talent de Swae n’était pas non plus une garantie quant au fait qu’il produise des hits infaillibles. S’il a propulsé Unforgettable au rang de hit mondial, Swaecation aura eu plus de mal à convaincre. Bien sûr, Swae est doué pour créer des refrains catchy et des mélodies entêtantes. Bien sûr il peut sonner comme un petit ange qui a trop écouté LMFAO. Mais ce que les gens auront retenu de son album, c’est surtout Offshore et la performance interstellaire de Thug.

Swae a donc beaucoup à prouver avec son prochain album solo. De grosses attentes pèsent sur lui, bien plus que sur son frère. Ce n’est pas pour dire qu’il n’a que des ratés en solo: son morceau Sunflower avec le cendrier humain orné de gribouillis préféré des jeunes suprémacistes blancs américains, Post Malone, apparu dans le film The Spiderverse, fut un énorme succès. D’ailleurs, il faut parler de cette association improbable qu’est Swae Lee et Post Malone. Ces deux-là s’adorent vraiment on dirait bien. Les Laurel et Hardy millenials. Ils ont enregistré un paquet de morceaux ensemble au cours des 2 dernières années. Vraiment hâte d’entendre Swae Lee harmoniser sur un sample de Bob Dylan tandis que le postier texan chantonnera à propos de gober des Percs avec des groupies qui font leur possible pour passer outre son odeur de renard mort pour avoir un sac Birkin.

Voici donc MISSISSIPI SMOKING, de Swae Lee.

PARTYNEXTDOOR & JEREMIH

Ces deux-là sont vraiment des poissards. Et aussi des types pas très fiables. Reste à déterminer la répartition en pourcentages. Pourquoi dis-je ça? Tout simplement parce qu’ils sont connus, entre autres, pour avoir teasé leurs fans à de nombreuses reprises avec des projets qui n’ont au final jamais vu le jour. Concernant PND, on peut citer le fameux Party At 8, un supposé EP commun avec TM88, ou encore l’arlésienne Club Atlantis, ou le PND4. Pour le cas de Jeremih, on peut là penser à l’album Thumpy Johnson, et les quelques promesses de drop un album ces 10 dernières années.

Et de façon assez amusante, ils partagent également un projet annoncé mais jamais sorti, à savoir leur EP commun. En effet, il fut question, à un moment donné, qu’ils unissent leur force pour créer une bande-son aux pull-outs ratés, aux pilules du lendemain et autres relations toxiques baignées de drogue. C’est lors d’une date de concert dans le cadre du Summer’s Over Tour de PND, que leur relation s’est dégradée: Jeremih, durant son set, a cru que PND et son équipe avaient saboté le son pour foutre en l’air sa performance.

Depuis, apparemment, les deux zigotos ont fini par se réconcilier mais n’ont logiquement jamais sorti leur petit projet. Donc voici ce qu’il aurait pu être. LATE NIGHT PARTY.

JEREMIH

Lorsque l’on débat à propos des grands chanteurs de R&B des 2010, un nom, parmi d’autres, semble souvent oublié: celui de Jeremih. Le crooner de Chicago a connu une carrière assez tumultueuse, ce qui explique sans doute pourquoi son nom est moins souvent mentionné. Après l’explosion que fut la sortie de son 1er single, Birthday Sex, en 2009, et la sortie quasi-immédiate après coup de son album éponyme puis de son second album en 2010, ce fut une grande traversée du désert pour lui.

Def Jam a causé bien des soucis à Jeremih. Négocier le début de la nouvelle décennie avec cet artiste semble avoir été difficile à gérer pour le label. Jeremih a tout d’abord annoncé aussi tôt qu’en décembre 2011 qu’il travaillait sur son 3ème album, censé sortir courant 2012. Néanmoins, des événements se produisirent en coulisse qui rendirent la sortie de l’opus impossible. Car de son côté, le chanteur, après des débuts R&B somme toute assez conventionnel, a commencé à s’intéresser à la montée en puissance de la trap à Atlanta. Voyant l’explosion de ces sonorités plus froides et chargées en basses, il a commissionné un jeune Mike Will Made-It, qui faisait ses débuts avec Gucci Mane, ainsi que l’équipe FKi, pour lui produire quelques morceaux. En ont résulté Girls Go Wild, et surtout Fuck U All the Time et 773 Love, deux morceaux qui deviendront très vite des hits mineurs et qui affirmeront le changement de cap de Jeremih. Ceux-ci étaient initialement destinés à atterrir sur le 3ème album désormais annulé du chanteur. Il a donc pris l’initiative de leur donner vie sur la mixtape Late Nights With Jeremih, qui deviendra très vite un petit classique.

Puisque l’expérimentation sonore était devenue vraiment fondamentale pour lui, et voyant Fuck U All the Time (FUATT pour les intimes) prendre son essor, Jeremih s’est associé en 2014 avec le producteur électrotrap Shlohmo pour un EP commun, intitulé No More. Le remix de FUATT a donné une nouvelle vie au morceau. Il convient d’ailleurs de faire remarquer que cet EP a été sorti par Jeremih lui-même sur Twitter, ce qui fait écho au fait que Jeremih, son album éponyme avait lui été previewed (pardonnez mon anglais mais je voyais pas de mot équivalent en gaulois) sur MySpace en 2009 en guise de promotion. Tout cela pour dire que l’artiste et son équipe avaient très rapidement saisi l’intérêt des réseaux sociaux dans la stratégie de communication inhérente à la sortie d’un projet.

Cependant, vous noterez qu’en termes de chronologie, entre le moment où FUATT est sorti, donc août 2012, et la sortie de l’EP Jeremih x Shlohmo, il s’est passé 2 ans. C’était déjà long à l’époque. La bouillie que furent ces 2 années permirent pourtant à Jeremih de négocier son retour officiel avec son 3ème album, intitulé sobrement Late Nights, servant de suite à la mixtape du même nom. Durant ces 2 années, il enregistra énormément de morceaux, et pour servir de « sucez-moi avant l’album », il sortit NOMA (Not On My Album), un EP de 7 titres, histoire de rappeler à tous qu’il arrivait classique. Vint ensuite 2015 et le triomphe, la résurgence pour lui, mais non sans mal, car toute cette année fut un combat entre l’artiste et son équipe, et Def Jam, pour sortir l’album. Il exprima à plusieurs reprises sa frustration quant au manque de support de la part du label, et les galères qu’il lui a fait subir pendant le processus d’enregistrement et de promotion. Et ce malgré le fait que tous les singles furent des succès: Don’t Tell Em avec YG et Oui sont désormais double platinum, Planez et son atroce couplet de J.Cole est également platinum.

Depuis ça, ben il se passe pas non plus masse de choses, du moins de ce qu’on peut constater du côté public. Il a annoncé son prochain album Later That Night, en 2016. Même année où il s’est embrouillé avec PND. Il a bien sorti un album commun avec Ty Dolla en 2018, MihTy, sans doute le titre d’album le moins inspiré du monde. L’équivalent de la pochette superposant la moitié du visage des 2 collaborateurs, vraiment infect. Mais la musique était sympa.

Donc on croise les doigts pour que ça arrive en 2020 cette affaire mais rien n’est moins sûr. En attendant, voici AFTERPARTY WITH JEREMIH.

LIL KEED

L’arbre généalogique en haut duquel Lil Wayne se situe, et dont le descendant direct, le nouveau patriarche de la famille, est Young Thug, est désormais extrêmement vaste. Ses racines s’étendent non seulement à travers tous les Etats-Unis, mais également dans le monde. Partout on entend des rappeurs tenter de se démarquer en tentant de faire ressortir leur bizarrerie en forçant sur leurs cordes vocales et en abusant des pitchs aigus. Partout des types essaient de sonner comme des aliens drogués jusqu’aux capillaires pour ajouter une plus-value à leur musique. Même en France on ressent chez pas mal de rappeurs l’influence de Young Thug.

Ce qui distingue Lil Keed des artistes à qui je fais allusion plus haut, c’est que d’une part il a grandit sur Cleveland Ave, soit la même rue qui nous a donné Thug. C’est un stan absolu qui est parvenu à entrer dans le cercle de son idole pour apprendre directement à la source, et qui en a fait son mentor. Et de tous les jeunes qui tentent, intentionnellement ou non, d’émuler le style de Thug, et en ce faisant, espèrent développer leur propre style, Keed est un des mieux placés. Effectivement, à ses débuts, c’était une pâle copie de son père spirituel, mais depuis Long Live Mexico, son dernier projet en date, on remarque qu’il commence tranquillement à muer vers quelque chose de plus authentique. De la même manière que Thug sonnait comme une copie de Wayne à ses débuts puis a évolué. C’est comme ça que ça doit se passer. Il n’y a rien de foncièrement répréhensible à émuler ses idoles, mais il ne faut pas que cela dure éternellement. A un moment donné faut commencer à s’assumer.

Le self-proclamé studio junkie qu’est Lil Keed enregistre effectivement énormément et vit au studio. C’est littéralement devenu une culture dans la famille et à Atlanta, qui a évidemment commencé à se propager en dehors du bel Etat de la Géorgie. De fait, je ne vous fais pas de dessin, le schéma est le même que Gunna: entouré de producteurs très en vogue, proche du GOAT, sa musique est fatalement très convoitée, ce qui explique la quantité constamment leakée. Voici donc BLEVELAND’S FINEST de Lil Keed.